Hussein Chalayan, une vision conceptuelle de la mode

Le Musée des Arts décoratifs consacre une exposition à un créateur inclassable! Aux confins de l’architecture, du design, de l’art contemporain et de la mode, Hussein Chalayan ne cesse de détonner par des créations qui mélangent art et message politique. L’occasion de découvrir une oeuvre riche et exigeante.

La narration indissociable de la création.

Une jupe composée de cerceaux en bois qui se rétractent, un dialogue
entre mode et architecture. Collection After Words, Automne-Hiver 2000

Il n’est guère étonnant que cette rétrospective s’intitule "Récits de mode"… En effet, la plupart des oeuvres nécessitent une explication de texte sans laquelle le visiteur pourrait rester perplexe. Au seuil de l’exposition, des corbeaux empaillés sur une rambarde, laissent présager une plongée dans les ténèbres… Ainsi, découvre-t-on, l’oeuvre de la première collection de Hussein Chalayan "Burried Dress", réalisée pour la remise des diplômes à la prestigieuse Central Saint Martin’s School : des robes enterrées, subissant une oxydation avant d’être portées.

Le goût de la provocation et de la mise en scène

La robe Bubbles qui sera portée par Lady Gaga lors d’un concert.
Collection One Hundred and Eleven, Automne-Hiver 2007

Des interrogations politiques et philosophiques semblent aspirer l’aspect créatif; les installations vidéos ainsi qu’un éclairage sombre prennent le pas sur l’éclat du style. Des questions lancinantes sur l’identité liées probablement au vécu de Hussein Chalayan; né à Nicosie en 1970 de parents turcs-chypriotes, il quitte l’île à l’âge de 12 ans pour la Grande-Bretagne.
Beaucoup ont en mémoire la Collection Between – Automne- Hiver 1997-1998 – qui fit le buzz ; un défilé de femmes nues, la tête voilée qui se retrouvent enveloppées d’un tchador. Un goût pour la performance que l’on retrouve à chacune de ses présentations.

L’alchimie de la mode et de la technologie

Robe qui se métamorphose
Collection One Hundred and Eleven, Automne-Hiver 2007

Cependant ce qui reste le plus prégnant dans le style de Hussein Chalayan est l’intégration de la technologie à ses créations. Deux défilés se détachent Airborne et One Hundred and Eleven, assurément le clou du spectacle que l’on peut visionner sur ce lien.
Des robes dotées d’effets spéciaux et de mécanismes intégrés, s’envolent, se rétractent pour former un nouveau vêtement. La magie opère…

Robe composée de cristaux Swarovski et de 15000 diodes lumineuses appelées "Readings", incorporant plus de 200 faisceaux laser mobiles.
Collection Airborne – Printemps-Eté 2007 

La collection Airborne intègre les dernières technologies notamment LED (Light-Emitting Diode) et propose des robes-vidéos sur lesquelles des images sont projetées. Une approche expérimentale qui a séduit Lady Gaga, fervente adepte de ce créateur. On l’a vue ainsi arriver aux derniers Grammy Awards enveloppée dans un oeuf conçu spécialement pour elle.

Hussein Chalayan qui a été élu "Designer Britannique de l’Année" en 1999 et en 2000, ne cesse de repousser les limites de son art. Cette exposition, qui aurait mérité une meilleure scénographie, nous permet de plonger dans l’univers de ce créateur hors-norme.

Hussein Chalayan – Récits de mode- Jusqu’au 11 décembre 2011
Musées des Arts Décoratifs -  107, rue de Rivoli -75001 Paris
(M° Palais Royal – Musée du Louvre)
http://www.lesartsdecoratifs.fr/francais/

Site de Hussein Chalayan :
http://www.husseinchalayan.com/#/home/

26/09/2011. Tags: , , , , , . Art, Exposition, Mode. 1 commentaire.

Les voitures de collection de Ralph Lauren

La collection de voitures de Ralph Lauren est présentée pour la première fois en Europe. Un succès de fréquentation pour cette exposition où 17 de ses 64 modèles sont proposés au Musée des Arts décoratifs… Des voitures d’exception dont l’esthétique égale la performance.

Des voitures inestimables

Bugatti 57 S (C) Atlantic 1938, estimée à 40 millions d’euros minimum.
Collection Ralph Lauren – © Michael Furman

Les marques les plus prestigieuses sont représentées…  Bugatti, Porsche, Mercedes, Bentley, Ferrari, Alfa Roméo, forment une allée majestueuse le long de la Nef centrale du musée…Légèrement surélevées, le regard épouse l’angle du photographe… Des modèles de séries limitées, parfois uniques, allant de la fin des années 1920 au début des années 1960, se succèdent… Un garage estimé à 125 millions euros minimum selon le magazine Capital.

Bugatti 59 Grand Prix, 1933. Une belle ligne pour une voiture produite en 8 exemplaires. Collection Ralph Lauren © Michael Furman

La scénographie signée Jean-Michel Wilmotte permet de s’approcher très près des véhicules et d’en admirer tous les détails. Certains modèles attirent le regard et se détachent… Impossible même de les quitter des yeux. C’est le cas de la Bugatti 57 S (C) qui a été fabriquée en 4 exemplaires et dont seuls 2 sont en circulation aujourd’hui. Considérée comme un mythe, "un chef-d’oeuvre de l’art automobile", elle accueille le visiteur pour aussitôt l’envoûter.

Le style automobile de Ralph Lauren

Ferrari 250 Testa Rossa, 1958 – Collection Ralph Lauren – © Michael Furman
Valeur estimée de 12 à 15 millions d’euros d’après Capital.fr 

Ralph Lauren ne se définit pas comme un collectionneur mais comme un passionné… Ces voitures ont été acquises au cours de plusieurs décennies, parallèlement au succès de sa marque au célèbre joueur de polo. Certaines voitures ont été conçues exclusivement pour la course, d’autres sont des modèles dits de grand tourisme, mais c’est surtout leur design qui retient l’attention. Elles ont pour la plupart fait l’objet d’un grand travail de remise à neuf conformément aux dessins d’origine.

Alfa Romeo 8C 2900 Mille Miglia, 1938, conçue spécialement en 4 exemplaires
pour la course Mille Miglia de 1938 qui reliait Rome à Brescia. Elle se classera 2ème. Collection Ralph Lauren © Photo Michael Furman

Le film projeté dans le cadre de l’exposition est très intéressant; on y voit des ateliers dans la région de Boston restaurer complètement l’Alfa Roméo 8C 2900 Mille Miglia pour un concours d’élégance; celle-ci y décrochera le Ruban Bleu, soit le premier prix.  Le succès de l’exposition n’est guère étonnant car elle peut plaire à la fois aux amateurs d’automobile et aux amoureux du design.

L’Art de l’Automobile – Chefs d’oeuvres de la collection Ralph Lauren – Jusqu’au 28 août 2011.
Musée des Arts décoratifs – 107, rue de Rivoli -75001 Paris (M° Palais Royal – Musée du Louvre)
http://www.lesartsdecoratifs.fr/

10/08/2011. Tags: , , , , , , , , . Design, Evénement, Exposition, Luxe, Mode. Poster un commentaire.

Histoire idéale de la mode, un voyage dans les années 1990-2000

Le Musée des Arts Décoratifs poursuit une quête d’une histoire idéale de la mode en proposant une sélection des créations les plus emblématiques de chaque créateur, les défilés les plus remarquables en vidéo ainsi qu’un décryptage des tendances de ces 20 dernières années…

John Galliano pour Dior – Haute couture 2005-2006
© Guy Marineau – Musée des Arts décoratifs

L’empreinte de Martin Margiela

En atteignant le premier étage, on se retrouve immédiatement projeté dans l’univers de Martin Margiela, un couturier belge, totalement à part… Une première impression qui ne nous quittera plus tout au long de l’exposition. Son style conceptuel et pourtant accessible, nous saisit instantanément. Une robe composée de lacets de chaussures formant une cascade de cordons se trouve à côté d’une tenue élaborée à partir de rideaux de porte "chenille" lui conférant un effet serviette-éponge…

Maison Martin Margiela – Prêt-à-Porter, Printemps-Eté 2008
© Guy Marineau – Musée des Arts décoratifs

Que sait-on de lui ? On découvre qu’il entretient l’anonymat, donne peu d’interviews…De rares clichés de son visage se perdent dans les limbes de la mode comme cette photo datant de 1997, publiée par le New York Times…Il disparaît même des étiquettes de ses réalisations; les visages de ses mannequins sont également masqués. Il se distingue par une recherche permanente autour des vêtements….Après avoir été l’assistant de Jean-Paul Gaultier et 20 ans de création, il se retire fin 2009 pour réfléchir à d’autres horizons; la Maison qui porte son nom – et qui appartient aujourd’hui au Groupe Diesel – poursuit cette approche expérimentale…

Un festival d’univers contrastés

Après cette entrée en matière, on cherche d’autres chocs visuels : la palette noire de Viktor & Rolf avec une garde-robe générée à partir d’un négatif photo ou la fantaisie de Vivienne Westwood aristo-chic décadente et son défilé "Vive la Cocotte" où l’on retrouve tweeds et tartans dans un esprit XVIIème siècle… On redécouvre avec émotion le défilé d’Alexander McQueen "On achève bien les chevaux" et on sourit devant les robes Pleats Please d’Issey Miyake qui se déploient comme un paon majestueux.

Issey Miyake Pleats Please – Prêt-à-Porter Printemps-Eté 1994
© Philippe Bazil – Musée des Arts décoratifs

Ces années voient également l’émergence de Tom Ford qui se révèle pour Gucci avec des robes-bijou ou de Nicolas Ghesquière qui signe la Renaissance de la Maison Balenciaga.

Des créations innovantes

Rei Kawakubo symbole de l’avant-garde japonaise nous surprend. Elle crée le label Comme des Garçons et propose des vêtements aux formes étonnantes : des robes gonflées comme des bulles de chewing-gum ou des vêtements de styles différents superposés donnant ainsi des créations très originales. Elle rejoint ainsi Yohji Yamamoto autre figure japonaise, dont elle fut l’amie et qui s’inscrit également dans ce même mouvement novateur avec des lignes plus sobres.

Rei Kawakubo -Comme des Garçons- Prêt-à-Porter 1987
© Guy Marineau – Musée des Arts décoratifs

L’expérimentation apparaît également avec des vêtements conçus à partir de matériaux innovants. La marque E2 formée par Michèle et Olivier Chatenet recycle des pièces chinées aux puces ou dans les ventes aux enchères. Ils proposent de nouvelles créations uniques tout en respectant l’esprit d’origine… Des foulards des années 1950-60, se retrouvant ainsi transformés en top ou en robes très modernes…

E2 – Prêt-à-porter -Eté 2010
© Goran Vejvoda- Musée des Arts décoratifs

La magnificence théâtrale de John Galliano

L’autre moment fort de ce parcours nous est proposé par John Galliano dont les créations pour Dior ou pour sa propre griffe ne passent pas inaperçues allant jusqu’à éclipser les autres couturiers-stars… Un numéro d’excentricité majestueuse ! Des personnages en costume, des perruques surdimensionnées et des coupes asymétriques nous entraînent dans un tourbillon de couleurs et de matières.

John Galliano – Printemps-Eté 2003
© Guy Marineau – Musée des Arts décoratifs

Cette exposition offre un kaléidoscope de styles très différents… Le minimalisme côtoyant l’exubérance, le monochrome noir ou blanc jouxtant des univers multicolores parfois baroques, les courbes multiples se heurtant aux lignes très graphiques… Des créateurs conceptuels interpellant les couturiers traditionnels…Des écoles belge, anglaise, japonaise, comme tentative de décryptage stylistique… Des grandes maisons qui basculent vers l’industrie du luxe et des maisons indépendantes dont on s’étonne qu’elles puissent encore exister… Une plongée dans ces 20 dernières années de créations où chacun pourra trouver un univers qui lui ressemble.

Histoire idéale de la mode, Vol. II –  Années 1990-2000 – Jusqu’au 8 mai 2011
Musée des Arts Décoratifs – 107 rue de Rivoli – 75001 Paris ( Métro Palais Royal- Musée du Louvre)
http://www.lesartsdecoratifs.fr/

27/01/2011. Tags: , , , , , , , , , . Exposition, Luxe, Mode. Poster un commentaire.

Les Lalanne au Pays des Merveilles

Le Musée des Arts Décoratifs propose pour la première fois en France une rétrospective de leurs créations rares et uniques. C’est une exposition qui ne ressemble à aucune autre. La scénographie signée Peter Marino est enchanteresse…

Une ménagerie surréaliste

Scénographie par Peter Marino – © ADAGP – Photo Studio Bailhache.

On franchit le premier mur végétal et on se retrouve projeté, comme Alice, dans un univers onirique où l’on découvre des moutons en forme de siège, un fauteuil crapaud, des grues lumineuses, un choupatte – contraction de chou sur pattes – inspirateur de l’homme à la tête de chou de Serge Gainsbourg, et des chameaux qui vous contemplent au loin…

Des créatures surprenantes apparaissent au détour d’une salle, babouin-cheminée, singe coffre-fort, un bar-sauterelle ou un banc de sardines au sens propre… Des chats à l’expression presque humaine nous rappellent que François-Xavier Lalanne ayant débuté comme gardien au Louvre, s’est sans doute inspiré de formes égyptiennes…

Une oeuvre unique et inclassable

Sculptures de Claude et François-Xavier Lalanne
© ADAGP – Photo Paul Kasmin

Claude et François-Xavier Lalanne ont formé un couple de sculpteurs, depuis les années 50 au siècle dernier;  leurs oeuvres s’inspirent des animaux et de la nature. Chacun créait dans son atelier; Claude préférant la technique du moulage et de la galvanoplastie, François Xavier optant pour le martelage de plaques de métal.

La magie de cette exposition doit beaucoup à la scénagraphie de Peter Marino, lui-même collectionneur de leurs oeuvres… Peter Marino est architecte et designer, connu pour avoir conçu notamment des espaces magnifiques pour des marques de mode, par exemple la Tour Chanel à Tokyo, la boutique Fendi à Rome ou encore celle de Louis Vuitton à Paris et à Hong-Kong.

François-Xavier et Claude Lalanne, entourés des Chameaux et du Minotaure
à l’arrière-plan, sculptés par François-Xavier Lalanne
Photo par Pierre Boulat (1978)

Il reste encore quelques jours pour découvrir cette exposition … On aurait aimé plus de salles pour prolonger ce rêve… Toutefois, vous pourrez combiner votre visite avec l’ensemble des collections permanentes du Musée, de quoi passer un beau moment !

Les Lalanne, de la sculpture aux arts décoratifs – Jusqu’au 4 juillet 2010
Musée des Arts décoratifs – 107, rue de Rivoli -75001 Paris (M° Palais Royal – Musée du Louvre)
http://www.lesartsdecoratifs.fr

26/06/2010. Tags: , , , , . Art, Exposition. Poster un commentaire.

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